VELODROME LE DOUZIEME HOMME – Lionel Briot

30,00

Photographies Lionel Briot
Curated by Laura Serani

Textes de Christian Bromberger et Laura Serani
Livre français/anglais 240 x 220 mm
120 pages – 53 photographies – Impression en bichromie.
Disponible également en tirage de tête

 

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Description

A la fin des années 90, Lionel Briot fréquente « le Vélodrome ». Au contact des supporters, il tourne le dos au match, fasciné par l’hystérie collective. Il circule à l’intérieur de l’enceinte, effectue des déplacements avec les supporters, en France comme à l’étranger. En se rendant invisible par ce qu’il est un des leurs, il photographie au plus près des supporters, durant des années (de 1996 à 2002). Un travail photographique réalisé dans l’émotion, la rage, et le défi personnel. C’est devenu aujourd’hui un témoignage.

Photographies de Lionel Briot  //  Textes de Christian Bromberger et Laura Serani
Livre français/anglais 240 x 220 mm //  
120 pages – 53 photographies – impression en bichromie.

 

2 avis pour VELODROME LE DOUZIEME HOMME – Lionel Briot

  1. Ludovic Lestrellin

    Les supporters de football concentrent de nombreux prêts-à-penser. On peut les classer en deux grands registres. D’une part, l’univers des stades est bien souvent réduit à la violence et au racisme. Ainsi la question des supporters fait-elle l’objet d’un traitement médiatique sensationnaliste dès lors que des incidents émaillent les rencontres. D’autre part, le supporter est également pensé comme un idiot qui confine au ridicule et les foules sportives comme un agglomérat d’individus aliénés. Lorsque journalistes et caméras de télévision cherchent à donner une figure au supporter, il est fréquent que le représentant choisi soit le plus carnavalesque et caricatural des gradins : écharpe, maillot, perruque, peinture forment l’accoutrement obligé et fantasmé du vrai supporter.
    Avec le photographe marseillais Lionel Briot, on est loin de ces clichés. Son travail, regroupé dans un ouvrage récemment paru intitulé Vélodrome. Le douzième homme offre une image bien plus fine du « peuple des tribunes ». Ce regard, il le doit sans doute d’abord à sa sensibilité humaniste qui se matérialise par l’intérêt accordé aux travaux de sciences sociales produits sur le sujet. L’ouvrage s’ouvre, en effet, par une préface de Christian Bromberger, professeur émérite d’anthropologie à l’Université d’Aix Marseille et pionnier en France des recherches sur le football et ses publics. Il le doit ensuite à sa parfaite connaissance du terrain. C’est que Lionel Briot a arpenté pendant plusieurs années le stade de l’Olympique de Marseille aux côtés des groupes de supporters et particulièrement les « Marseille Trop Puissant », fondés en 1994 par « Depé », un leader charismatique qui a guidé et initié le photographe. Décédé en 2000 mais encore très présent aujourd’hui dans la mémoire collective à Marseille, il est particulièrement mis à l’honneur dans le livre.
    De cette immersion prolongée (entre 1996 et 2002 précisément), Lionel Briot tire cinquante photographies en noir et blanc réparties en cinq sections. Chaque tribune du Stade vélodrome (au nombre de quatre donc) est ainsi représentée, même si ce sont les deux virages qui retiennent particulièrement son attention. La dernière série concerne l’une des facettes essentielles de l’activité des collectifs de supporters organisés : les déplacements pour suivre l’équipe dans ses rencontres jouées en France ou en Europe.
    Que voit-on sur ces photographies ? Les coulisses du spectacle figurent au tableau : coursives, loges, escaliers, grillages, graffitis, esplanade du stade. À travers ces images se dévoilent quelques personnages de l’ombre : personnels de sécurité, policiers, serveurs. Le spectacle lui-même est peu présent : tout juste une photographie panoramique du Vélodrome avec ses projecteurs qui éclairent une pelouse occupée par les joueurs et le public réparti dans les gradins. Pour Lionel Briot, le sujet est ailleurs car le football est un spectacle de chair et de sang si l’on veut bien entendre par là qu’il y est surtout question d’hommes et de femmes. Celles-ci sont au centre de plusieurs photographies, suggérant peut-être que le football n’est pas qu’une affaire exclusivement masculine. Les plus jeunes sont aussi mis en lumière, observation très juste du rapport fondamental que le football entretient avec l’enfance. Pas de jugement et de vue en surplomb ici. Le lecteur est en fait le plus souvent plongé au plus près des corps, des visages et des regards. Le photographe saisit particulièrement deux choses. Les affects en premier lieu : la joie bien sûr, mais aussi l’angoisse, la colère et plus encore la concentration. L’expérience collective que constitue un match vécu en tribunes en second lieu : corps emmêlés, charivari, appels à la mobilisation et aux chants orchestrés par les leaders des virages.
    Expérience charnelle et collective donc. Notons enfin qu’avec ses drapeaux, banderoles, confettis, le supportérisme est un univers visuel qui se prête particulièrement bien à la représentation photographique. Avec ce beau livre, c’est peut-être cette idée que Lionel Briot entend défendre : le stade de football est aussi un objet esthétique.
    Ludovic Lestrellin (Sociologue, Blog « Ecrire le sport »)

  2. Gaëlle Cloarec

    Sur le sol, « bienvenido en la curva atomica ». C’est bien de cela qu’il s’agit, un creuset détonnant d’énergie brute…. et pourtant canalisée. Quel cadre ne feraient pas sauter ces mâles s’ils n’étaient pas au Vélodrome à crier leur émoi ? Les technocrates le savent, qui leur construisent à grands frais des arènes. Marseille est « trop puissant », en effet, pour qu’on néglige de leur fournir ce déversoir pulsionnel. Tant qu’ils crient « aux aaaaaarmes » au stade, ils ne les prendront pas dans la rue.
    En se tournant vers les tribunes plutôt que côté pelouse, Lionel Briot capte avec finesse cette énergie brute, un peu désespérée des supporters de football. Pendant plusieurs années, « fasciné par leurs visages », il photographie les virages Nord et Sud du Vélodrome, produisant des tirages au noir et blanc charbonneux, peuplés de traits tendus, de regards fiévreux. Parfois, un profil féminin, ou celui d’un homme plus âgé, en casquette de grand-père. Mais la majorité sont des jeunes gars, la testostérone à fleur de peau, brûlant d’une passion immémoriale pour l’honneur d’une équipe. On croirait voir, en remontant les siècles, la jeunesse médiévale se ruant aux tournois, itinérants et féroces simulacres de la guerre. Ou les romains, imprégnant leurs jeux du stade de ferveur religieuse.
    L’artiste, pourtant venu… de la mode, avec son univers de studios, révèle en documentariste impliqué les frustrations sociales, le mal d’être racisé, minoré, tenu en mépris par l’Etat central. La force d’être ensemble, chauds, bouillants ; le réconfort du nombre. À observer ces photographies de près -et d’autant plus lorsqu’on les aborde en grand format, sur les murs de La Friche, où elles sont exposées- on les entend presque, ces milliers de gorges qui crient de concert leur vitalité profonde. Les 11 joueurs, si déifiés soient-ils, ne sont qu’un prétexte, ils passeront. Les supporters demeurent, comme Patrice de Peretti dit Depe, le mentor de Lionel Briot au Vélodrome, le disait.
    Au milieu du livre, trois aveugles en canne blanche s’avancent. Ils ne verront rien, forcément, mais ils vont, comme les autres, se gorger du stade, de ses vagues de chant, océan tumultueux d’amour et de haine.
    GAËLLE CLOAREC (Zibeline, mensuel mensuel et culturel du sud ouest)

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