Conversation avec Cécile Menendez

Cécile Menendez a été sélectionné par Le Garage Photographie suite à l’appel à candidatures lancé en mars 2016 pour développer un projet photographique finalisé par un livre (coédition LE GARAGE PHOTOGRAPHIE / ARNAUD BIZALION EDITEUR > Prémonition, Curated by Laura Serani > Sortie le 15 juin 2017) et une exposition à la Friche La Belle de Mai (1/29 octobre 2017).

Comment as-tu pris connaissance de cet appel à candidatures et pourquoi y as-tu participé ?

Je vis et travaille dans le sud de la France depuis 2001, et cherche à me rapprocher des organisations et lieux culturels autour de la photographie en région PACA. En 2014, j’ai entendu parlé du Garage Photographie par des amis photographes vivant à Marseille, j’ai donc suivi l’actualité LGP, notamment via la page Facebook ; c’est ainsi que j’ai vu apparaitre le concours. Depuis quelques années, je recentre mon énergie sur mon projet artistique, j’évite de me disperser dans l’envoi de trop de dossiers pour des concours ou des festivals. L’annonce du Garage Photographie mentionnait l’édition d’un livre avec des professionnels : William Guidarini photographe et formateur, l’éditeur Arnaud Bizalion, et Laura Serani commissaire d’exposition, ainsi qu’une future exposition dans un beau lieu à Marseille, la Friche La Belle de Mai. Toutes les conditions étaient réunies pour une collaboration très professionnelle et personnalisée qui m’ont d’emblée enthousiasmée.

Ton ressenti à l’annonce des résultats ?

J’ai été submergée d’une immense joie, car c’est un rêve qui se réalise, la création d’un livre photographique. L’exposition ne dure qu’un temps, ne reste qu’un catalogue et quelques photos de l’installation, mais le livre s’inscrit dans la démarche du photographe comme une pierre supplémentaire à l’édifice de son travail. L’objet livre est une œuvre en soi au travers de laquelle l’auteur trouve une autre forme d’expression.

Pour mieux te connaître, pourrais-tu évoquer ton parcours et ton univers d’auteur ?

Je suis née en Belgique, j’ai fait des études scientifiques et travaillé à l’Agence Spatiale Européenne en tant qu’ingénieur satellite ; je me suis installée dans le sud de la France et j’ai changé d’orientation professionnelle pour me diriger vers une voie artistique. J’ai commencé à réfléchir à une pratique photographique d’auteur lors d’un premier stage aux rencontres de la photographie d’Arles avec Mathieu Pernot en 2003. Lors de ces stages, il était question de réflexion sur les images que l’on apportait et que l’on partageait avec les autres stagiaires. Le maitre de stage nous exposait son parcours et son travail. Mathieu nous avait présenté son livre « un camp pour les bohémiens », « photomatons » et « portes » sur les prisons. J’avais alors compris l’ampleur de l’engagement, la rigueur et l’énergie nécessaire pour réaliser un tel travail.

J’ai suivi des séminaires critiques sur la photographie ainsi que des cours d’histoire de la photographie à l’Ecole Nationale de la Photographie d’Arles. C’est durant cette période que j’entame une démarche d’auteur avec un premier travail en argentique, noir et blanc, intitulé « En attenant la mort annoncée de mon père » qui sera publié trois ans plus tard dans la revue Photos NouvellesMon deuxième travail « Rapid Eye Movement » est nominé au festival Voies Off des rencontres d’Arles en 2008. Je commence alors à travailler avec des appareils numériques, mais également avec un polaroïd acheté en grande surface et un Rolleiflex chiné aux puces. 

Je construis des séries qui racontent des histoires fictives à partir d’éléments réels.

J’expérimente l’autoportrait, les paysages de nuit, je les associe à des portraits des membres de ma famille. J’exploite les photos ratées, j’expérimente la couleur dans les basses lumières, les textures des papiers de tirages et je sélectionne les images cohérentes entre elles. Je parcours les livres photographiques d’auteurs : Laure Vasconi, « fiction intime », Antoine d’Agata, « Mala Noche », Anders Petersen, « Café Lehmitz », Alessandra Sanguinetti, « On the sixth day ». Je rencontre ces photographes lors de stages et c’est ainsi que je construis ma propre écriture photographique.
J’apprécie l’œuvre de Diane Arbus, Annelise Strba (Shades of time), Nan Goldin, Daido Moriyama, William Eggleston, Sarah Moon, Dolores Marat.

En 2009, je perds un bébé in utero et suite à cette perte, nait, un an plus tard, une autre petite fille, j’entame un travail intitulé,  « In utero » et « Alice et Heloïse », sur la thématique du deuil et l’espoir. Ce dernier travail est réalisé avec un téléphone portable et l’application hipstamatic.
En 2014, je monte le collectif In_The_Kitchen_Photography qui me permet de m’associer avec d’autres artistes photographes et plasticiens pour des expositions collectives.
En 2015, je suis diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles.

J’adhère davantage aux projets portés et muris sur plusieurs années d’expérience plutôt qu’aux projets réalisés rapidement, autoproclamés qui ne se valent que par eux-mêmes. Je considère que le temps est une valeur sûre.

Mon univers tourne autour de photographies qui s’intéressent à dévoiler l’humain de manière plus artistique que documentaire, je suis dans une expérimentation permanente et me considère toujours comme quelqu’un qui a des choses à apprendre. Je concilie en permanence vie de famille et pratique photographique, mais sans ma vie de famille je ne pourrais pas pratiquer ce type de photographie.

Propos recueillis par  William Guidarini, directeur artistique du Garage photographie – Juillet 2016

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